J’ai testé les lunettes sous-titrées de Panthea
Publié le 19 février 2024 à 08h57
Temps de lecture : 8 minutes
Introduction
En 2013, il y a 11 ans, j’avais testé la première fois les lunettes sous-titrées de Sony au cinéma avec Sophie Drouvroy et Cédric Lorant. Vous pouvez lire l'article J’ai testé les lunettes avec sous-titres de chez Sony Digital Cinema rédigé par Sophie Drouvroy.
Je me souviens de ce moment comme si c’était hier. J’avais difficilement tenu ces lunettes qui me faisait mal aux yeux et me provoquait des maux de tête d’autant plus que j’avais en plus mes propres lunettes et appareils auditifs. Mes oreilles étaient bien chargées ce jour-là tellement ces lunettes étaient énormes et lourdes à porter.
Il y a quelques jours, j’ai réitéré l’expérience avec les lunettes Panthea . En une dizaine d’années, la technologie a évolué. Je vous raconte dans cet article.
Les lunettes Panthea
L’autre jour, Alexandre me partage une vidéo sous-titrée qu’il avait vu sur Instagram . Il me dit qu’il aimerait bien tester ces lunettes et qu’il était curieux de savoir si elles sont bien pour les personnes sourdes et malentendantes comme nous. Ni une ni deux, nous voila embarqués dans l’aventure pour voir l’opéra Così fan tutte qui se joue au Théâtre du Châtelet jusqu’au 22 février.
Le spectacle est sur-titré en anglais et en français. En complément, on pouvait demander à avoir les lunettes sous-titrées pour un meilleur confort et une meilleure accessibilité.
Sur le site du Théâtre de Châtelet, on y explique le concept :
Lunettes connectées Panthea
Ce dispositif novateur a pour objectif principal d’améliorer l’accessibilité à nos spectacles. Les lunettes connectées sont des lunettes intelligentes qui permettent de projeter des surtitres (français, anglais, français adapté) sur les verres, sans gêner le champ de vision préexistant, et incluent également un dispositif d’audiodescription au moyen d’une oreillette.
Vingt paires de lunettes connectées seront à disposition des spectateurs, lors des représentations de Così fan tutte, du 2 au 22 février. Elles seront disponibles gratuitement sans réservation à un comptoir spécifique dans le hall du théâtre.
L’expérience
Alexandre et moi avons tous les deux des lunettes et des appareils auditifs. N’oubliez pas ce point qui va avoir son importance par la suite.
Avant de nous installer, nous sommes allés prendre les lunettes et on nous explique comment les utiliser.
Il y a un petit boîtier qui est attaché aux lunettes par un long fil. Ce boîtier possède plusieurs fonctionnalités :
- Choisir la taille des sous-titres en augmentant ou diminuant la taille ;
- Choisir la couleur des sous-titres entre le blanc, le jaune ou l’orange ;
- Régler la luminosité des sous-titres ;
- Choisir la langue des sous-titres : anglais, français et français avec indications sonores (ce dernier est destiné aux personnes sourdes et malentendantes).
Si on se lassait de porter les lunettes, on pouvait voir les sous-titres sur le boîtier.
Avant que le spectacle commence, nous mettons les lunettes et faisons les paramétrages.
Pour les personnes SANS lunettes, ça parait sympa. Mais les personnes AVEC lunettes, c’est un peu plus compliqué, la preuve en photo.
Sur toutes les photos officielles de Panthea, il y a que des personnes sans lunettes. D’autant que, sur le FAQ , on précise qu’il est tout à fait possible d’utiliser des lunettes connectées quand on a des lunettes.
Les lunettes connectées sont-elles compatibles avec une autre paire de lunettes ?
Oui, les lunettes connectées peuvent se positionner par-dessus une paire de lunettes traditionnelles.
Quand j’ai testé, il y a dix ans, j’avais déjà ce problème. Les lunettes sur des lunettes, ce n’était déjà pas pratique alors, aujourd’hui, ce point n’a pas changé.
J’ai eu du mal à maintenir les lunettes Panthea sur mes propres lunettes. Pour éviter qu’elles tombent, je les tenais avec une main. Quand j’ai enlevé mes propres lunettes pour mettre que celles de Panthea, ça tenait très bien sur mon nez. Seulement, sans mes lunettes, je ne voyais absolument rien.
Pour Alexandre, il n’a pas eu ce problème car ses lunettes sont plus petites que les miennes et il avait de la place sur son nez pour les tenir.
Donc, on peut constater que cela dépend vraiment de la personne dont la taille du nez et des lunettes diffèrent. J'ai l'impression qu'on a un peu occulté cet aspect.
La semaine d’avant, par hasard, j’avais re-testé le casque de réalité virtuelle Meta Quest quelques minutes. Porter le casque avec mes lunettes était très confortable.
Le gros point positif est que je pouvais choisir la taille des sous-titres et la couleur, chose que je ne pouvais pas faire la première fois. C’était agréable de bien voir les sous-titres.
Je regrette juste l’absence du bandeau noir ou semi-transparent noir pour une meilleure lisibilité. Je voyais la scène et les sous-titres mais parfois je ne les voyais pas car derrière les sous-titres, la scène était toute lumineuse et claire. Au-dessus de la scène, il y avait du sur-titrage et un mur noir. Donc je pouvais caler les sous-titres sur ce mur noir tout en voyant la scène. Heureusement que j’étais dans la corbeille qui me permettait d’avoir une large vision de la scène. Si j’avais été tout devant ou loin derrière, ça aurait été peut-être plus compliqué.
La première fois que j’avais testé, je ne devais absolument pas bouger car sinon les sous-titres partaient. Avec Panthea, c’était plus stable. Quand je bouge, les sous-titres bougent aussi tout en restant dans mon champ de vision. C’était agréable. Je n’avais plus cette sensation de vertige.
Par contre, au bout de quelques temps, j’ai commencé à avoir de la gêne oculaire et un petit peu mal à la tête étant concentrée. Donc j’ai fini par les enlever et me concentrer sur le sur-titrage ou sur le boîtier qui comportait des indications sonores.
De nombreuses personnes sourdes et malentendantes ont des soucis vestibulaires dû à la surdité, ce qui peut expliquer ces gènes oculaires et maux de tête. J’ai très peu de vestibule donc évidemment je n’ai pas tenu longtemps. Mais Alexandre a tenu plus longtemps que moi et il a fini par être épuisé.
Comme dirait mon amie Sophie, c’est un point qui n’a pas été forcément pris en compte par les concepteurs des lunettes.
Alexandre m’a ensuite dit, en sortant du spectacle, que ça serait mieux avec des lentilles. Evidemment, nous avons pensé à cette fameuse scène dans la série Echo sortie récemment. Cette scène nous avait stupéfiés et excités ! Vous pouvez voir l'extrait (sous-titré et interprété en ASL) monté par l’influenceur sourd Jon Urquhart sur Instagram.
Si on veut éviter d'avoir les lunettes connectées sur des lunettes de vue, on pourrait imaginer qu'un jour, on pourrait connecter nos propres lunettes (ou des lentilles pour les personnes sans lunettes comme dans Echo) pour avoir directement les sous-titres et la langue des signes.
En ce moment, le marché des lunettes ou casques connectés explose surtout avec l’arrivée il y a quelques semaines d’Apple Vision Pro (EN). Quand Apple Vision Pro est sorti, la première chose que j’avais pensé, en voyant le concept, est à quel point ça serait cool d’avoir les sous-titres sous la personne qui parle. J’aimerais pouvoir le tester un jour.
J’ai également entendu parlé de TranscribeGlass qui sous-titre les conversations en lisant cet article . Je me suis inscrite à la liste d’attente pour pouvoir peut-être un jour tester TranscribeGlass (EN).
Les possibilités sont infinies mais à condition que l’accessibilité soit prise en compte et soit testée par les personnes concernées.
Conclusion
Il y a encore des progrès à faire pour rendre les lunettes avec sous-titres confortables mais c’est encourageant.
N’empêche que je préfère largement utiliser les solutions collectives (les sous-titres et sur-titres en grand écran) plutôt qu’individuelles (lunettes, tablettes, smartphones).
Le sur-titrage reste une valeur sûre pour suivre le spectacle ainsi que le sous-titrage au cinéma à condition qu’ils soient bien visibles par tout le monde dans la salle.
J’ai eu l’impression que le produit a été créé pour les personnes entendantes et qu’il n’a pas été testé ou, en tout cas, suffisamment testé par les personnes sourdes et malentendantes.
Quand un produit de ce genre est créé pour l’accessibilité, il est important de le faire tester par les personnes concernées d’où le mantra Nothing about us without us , autrement dit « Rien sur nous sans nous ».